TRAVAILLEURS DU NUCLÉAIRE DE TOUS LES PAYS,
ARRÊTEZ VOUS ! [1]
Lorsque l’on évoque le nucléaire, on pense immédiatement à la radioactivité et aux irradiations. C’est le problème de base du nucléaire si l’on considère uniquement ses propriétés physiques – je ne développerai pas ici les caractéristiques de la société qu’engendre et façonne son utilisation, en tant qu’arme et énergie. Je m’intéresserai à la radioactivité dans le domaine du nucléaire civil, particulièrement dans les centrales nucléaires, car c’est dans ces bombes à retardement que sont les réacteurs, que la fission nucléaire entraînant la réaction en chaîne, émet de très dangereuses irradiations.
Évidemment, il faut de la main-d’œuvre dans les centrales. Ce sont les fameux travailleurs [2] du nucléaire, et eux, ils en bouffent de la radioactivité. Mais, afin d’éviter les catastrophes – l’histoire montre qu’il n’y arrivent pas toujours ! – il faut bien que la « sûreté » des centrales soit assurée. C’est donc les travailleurs œuvrant à la maintenance – souvent embauchés par des sous-traitants – qui s’y collent. On les appelle « la viande à rem » (le rem était une ancienne unité de mesure de la radioactivité), et « nul n’ignore qu’il prend de la dose tous les jours. Nul n’ignore qu’une centrale ne peut pas tourner autrement qu’en irradiant et contaminant la main-d’œuvre chargée de la maintenance. » [3]
Malgré cela, les travailleurs du nucléaire veulent bosser pour gagner du fric – cela va de soi (!) –, et vivre leur vie d’homme une fois qu’ils ont quitté le boulot. C’est la que ça se complique, car « on ne dira jamais assez aux travailleurs exploités qu’il s’agit de leurs vies irremplaçables où tout pourrait être fait ; qu’il s’agit de leurs plus belles années qui passent, sans aucune joie valable, sans même avoir pris les armes. » [4] Ce qui les différencie des autres travailleurs qui se tuent au travail, toutes filières confondues, c’est qu’ils se tuent encore plus vite du fait de la radioactivité qu’ils se prennent dans la gueule. De surcroit et péniblement, ils sont « en charge de leur propre ’’suivi radiologique’’ : ils inscrivent eux-mêmes leur dose sur des fiches de contrôle. Par conséquent, ils ont aussi intérêt à minimiser la dose reçue puisqu’ils savent qu’ils ne doivent pas dépasser les doses officielles, sous peine d’être ’’interdit de centrale’’ et de ne plus pouvoir travailler avant un moment. Ils sont donc responsables de gagner leur vie comme de la perdre. » [5] La citation suivante d’Henry David Thoreau prend alors tout son sens : « Il n’est pas d’individu plus fatalement malavisé que celui qui consume la plus grande partie de sa vie à la gagner. » [6]
Et puisque le sort a voulu s’acharner sur cette main-d’œuvre plutôt masochiste, le risque – et même sa responsabilité, selon les nucléocrates – d’une catastrophe vient s’ajouter au fardeau qu’ils ont sur le dos.
En effet, suite à la catastrophe de Three Mile Island en 1979, « l’ingénierie nucléaire dut se rendre à une douloureuse évidence. Un, les machines ne fonctionnent pas toujours. Deux, on ne peut pas automatiser tout à fait le travail des hommes. Et elle nomma ’’facteur humain’’ cette tâche d’encre sur son beau dessin. » [7]
Plus de 30 ans après et deux catastrophes de plus – Tchernobyl le 26 avril 1986 et Fukushima le 11 mars 2011 –, Jacques Repussard, le directeur de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), déclare dans son intervention à l’Assemblée nationale, le 5 mai 2011, que les travailleurs doivent maintenant savoir « corriger rapidement un dysfonctionnement » et « prendre les bonnes décisions. » [8] À noter qu’il est compréhensible que les nucléocrates préfèrent des héros qui évitent une catastrophe que des héros qui la « liquident » (ce dernier terme est une de leurs inventions leur permettant de mentir sur les conséquences d’une catastrophe).
Si on résume le topo, on s’aperçoit que les travailleurs du nucléaire en plus d’être esclaves du salariat, puis de se faire pourrir l’intérieur par la radioactivité, on peut dire qu’ils ont entre leurs mains l’avenir, non seulement d’eux-mêmes, mais également d’un nombre colossale d’individu-e-s, ainsi que de toutes formes de vie sur Terre.
Aussi rappelons que « le nucléaire est partout. Dans chaque fissure des centrales, dans chaque émanation des décharges, dans ce que l’on boit, mange et respire après chaque catastrophe. Il est comme chez lui dans une société où chaque petit besoin préfabriqué trouve naturellement satisfaction dans la servitude toute électrique que l’on prétend imposer au monde entier. Ce que le nucléaire apporte de nouveau c’est un monde totalitairement planifié où seule une vie précaire et dépourvue de sens reste possible. » [9]
Si tant est qu’ils puissent devenir, comme on l’a vu, les nouveaux « héros » en évitant la prochaine catastrophe qu’AREVA prépare à coup sûr en France, travailler dans la filière nucléaire a-t-il un sens ?
Au vu des chiffres qui suivent, on dirait fort tristement que oui : « il y a entre 25 000 et 35 000 [travailleurs] en France qui font la maintenance des centrales nucléaires : des ’’contrôleurs’’ [...], mais aussi des robinetiers, des décalorifugeurs, des mécaniciens,des électriciens, etc. Ils travaillent surtout dans les zones les plus radioactives de la centrale, c’est-à-dire les réacteurs et les circuits de refroidissement. » [10]
On peut dès lors se demander s’ils se rendent vraiment compte du contexte – et de ses conséquences – dans lequel ils travaillent ?
Étant donné que la « sûreté » des centrales rime avec toujours plus de paperasse, fruit de nombreuses procédures faisant suite à de tout aussi nombreux « retours d’expérience » des « incidents ». En somme, les travailleurs doivent faire face à un tsunami de bureaucratie ; et fatalement, la réalité qui domine est que « ces procédures, même appliquées à la lettre ne contribuent en rien à rendre les centrales plus sûres, ni à éviter aux travailleurs les radiations mortelles auxquelles ils s’exposent tous les jours. [...] Ils arrivent en tête de liste des morts discrètes de la société nucléaire. [...] L’omniprésente idée de la mort est gommée par l’omniprésente bureaucratie. » [11]
À propos des incidences sanitaires dûs à la très forte radioactivité dans les centrales, un ex-travailleur du nucléaire se présentant, après 10 ans de centrale, comme « irradié, contaminé, licencié », nous explique : « Tout le monde est complètement inconscient, séparé, n’ayant aucun lien entre sa chair humaine et ces atomes qui vont la percuter, la traverser. L’irradiation et les conséquences sur la santé, mais alors là, personne n’en a rien à foutre, tout le monde s’en bat la race. »
Même lorsqu’un robot est fabriqué comme par exemple pour une opération de contrôles, où, « il a été conçu pour remplacer l’homme à cet endroit, sous le couvercle de la cuve, trop irradiant et contaminant pour que des hommes puissent y séjourner dans des limites de doses acceptables », quand « il marchait mal, les hommes allaient faire le boulot à sa place. » car étant chargés de la maintenance du robot, de la collecte des informations qu’il recueillait, si ce dernier ne servait plus, alors les travailleurs se seraient retrouvés « sans boulot, sans pognon. » [12]
C’est bien la preuve que le nucléaire est indissociable du capitalisme et qu’ils sont donc tout deux à détruire !
L’arrêt immédiat du nucléaire est de toute évidence la seule réalité acceptable qui puisse s’imposer. Une importante force d’opposition radicale reste à construire. Aussi, l’ex-travailleur cité précédemment affirme ne jamais avoir « entendu autant d’arguments antinucléaires que dans les vestiaires des centrales nucléaires, par les travailleurs eux-mêmes. Les travailleurs eux-mêmes sont les mieux renseignés, simplement pour savoir comment ça déconne là-dedans. » Ils sont malgré tout considérés comme « des déchets. » [13]
Ajoutant cela aux conditions de travail dans les centrales, rapportées dans ce texte, j’exhorte les travailleurs du nucléaire à démissionner massivement et à rejoindre la lutte. Ils se réapproprieront ainsi leur vie – ce qui pourrait donner envie à la population d’en faire autant – et créeront une forte déstabilisation de la filière nucléaire que nous aurons « plus qu’à » achever, en se donnant les moyens d’une énergie collective déterminée à en finir avec le nucléaire et son monde.
Parce que « le travail est la source de toute misère, ou presque, dans ce monde. Tous les maux qui se peuvent nommer proviennent de ce que l’on travaille – ou de ce que l’on vit dans un monde voué au travail. » [14]
Parce que ce monde, aux oligarchies belliqueuses, car avides de pouvoir et d’argent, donc impérialistes, ont développé cette filière mortifère qu’est le nucléaire.
Parce que, c’est à vous, les travailleurs du nucléaire, qu’il incombe – en plus de subir l’essence tyrannique du salariat – de faire en sorte que les centrales fonctionnent, en affrontant de létales irradiations, et le risque de catastrophe que les nucléocrates vous imputent.
Travailleurs du nucléaire de tous les pays, arrêtez vous ! [15]
« La liberté est synonyme de puissance, non pas le pouvoir de diriger les autres, mais la capacité de maitriser les évènements de sa propre vie. » [16]
Un individu du Collectif Anti-Nucléaire de Saône-et-Loire (CAN 71), juin 2012.
Le collectif B10, composé d’associations des quatre départements bretons, s’est réuni à Brest pour préparer sa participation à la conférence régionale de l’énergie qui se tiendra début juillet à Rennes. Malgré la demande exprimée au Préfet de région, seules deux associations (des Côtes d’Armor et d’Ille-et-Vilaine) ont été conviées aux travaux préparatoires à cette conférence. Le collectif déplore qu’aucune association des deux autres départements n’ait été invitée !
La construction d’une nouvelle centrale thermique d’appoint ne semble plus être d’actualité ni à Ploufragan ni dans les Côtes-d’Armor. Par contre elle est fortement envisagée en Finistère, d’où le lieu de la réunion du collectif.
Le collectif souligne l’incohérence qu’il y aurait à créer une nouvelle unité de production électrique, évoquée par le Préfet de région et le Président du Conseil régional, et ce quel que soit son lieu d’implantation, à moins que ne soit préalablement décidés la fermeture de réacteurs nucléaires et le renoncement au renouvellement du parc.
D’une part, on ne dilapide pas plus de 100 millions € aux seules fins de faire face à une centaine d’heures annuelles de pics de consommation, alors même que les moyens de maîtriser ces pointes existent : au-delà du seul dispositif Ecowatt, on peut citer le rétablissement renforcé de tarifications incitatives (EJP – effacement jour de pointe – Tempo, Heures Creuses-Heures Pleines), ou encore le recours à de nouvelles technologies (l’effacement diffus par les boîtiers de type Voltalis, compteurs évolués…).
D’autre part, on ne peut pas non plus prétendre construire une centrale pour rendre la Bretagne plus autonome en énergie en ayant recours à des ressources importées, fossiles en voie d’épuisement, et de surcroît très fortement émettrices de gaz à effet de serre, en contradiction avec les objectifs français européens et mondiaux de réduction de nos émissions. Le sens de l’histoire commande de mettre en place de puissants programmes de maîtrise de la demande d’électricité, notamment par une politique d’abandon de toute forme de chauffage électrique, et de développer les ressources de nos territoires dans un réseau repensé, permettant la collecte de toutes les productions décentralisées et leur répartition. Ainsi par exemple, le Pays du Méné en Côtes d’Armor nous esquisse-t-il le chemin à suivre…
Même des études favorables au nucléaire soulignent les coûts prohibitifs de l’EPR !
Les Français vont-ils encore faire les frais de la politique énergétique de Nicolas Sarkozy ?
Le 24 mars dernier, alors que s’ouvrait le débat public sur la construction d’un deuxième réacteur EPR à Penly, des représentants de diverses organisations de la société civile ont rappelé leur opposition à ce projet. Dangereux, trop cher et inutile, l’EPR devrait en toute logique être immédiatement abandonné [17] .
Or, le 25 mars 2010, l’Agence Internationale de l’Energie (AIE) et l’Agence Nucléaire de l’OCDE elles-mêmes ont publié un rapport qui enfonce encore le réacteur de 3ème génération ! En effet, même en sous-estimant largement certains coûts et en faisant l’impasse sur d’autres, celui-ci souligne que l’électricité produite par l’EPR pourrait être bien plus chère que prévu.
Actuellement, l’électricité en base est vendue à 34 €/MWh par EDF sur le marché de l’énergie [18] . Cependant, selon Les Echos, l’explosion des coûts de l’EPR pourrait faire passer le prix de production de l’électricité à 55 €/MWh [19] . Et le rapport de l’AIE prévoit une fourchette de prix de production encore plus haute, de 42 à 69 €/MWh [20] !
Cette publication n’a rien d’un brûlot antinucléaire. Au contraire, elle minimise à l’extrême les coûts du démantèlement [21] et de la gestion des déchets radioactifs, et se montre très optimiste sur les délais de construction des centrales [22] . Elle omet les coûts de la recherche ; elle fait l’impasse sur le risque d’accident et les coûts d’une éventuelle assurance, ainsi que sur les coûts externes supportés par l’ensemble de la société (traitement des cancers dus à l’irradiation) et ceux de la construction des lignes haute tension. Enfin, elle favorise artificiellement le nucléaire par rapport à d’autres énergies, le présentant à tort comme non émetteur de CO2 [23] et postulant l’impact d’une taxe carbone à ce jour inexistante. On peut donc s’attendre à ce que les coûts réels de l’EPR soient bien plus élevés. On peut donc s’attendre à ce que les coûts réels soient fortement supérieurs à ceux annoncés. Mais même ces coûts artificiellement bas fournis par l’AIE montrent que l’électricité produite par l’EPR, à moins d’une forte augmentation des tarifs, sera vendue largement à perte. Ce qui n’empêchera pas la France d’importer – fort cher - de l’électricité lors des pics de consommation, le nucléaire ne pouvant répondre aux pointes de consommation…
Qui paiera la facture de la politique nucléariste de Messieurs Fillon et Sarkozy ? Les contribuables, qui financent déjà les surcoûts de l’EPR. Les millions de citoyens à qui on a imposé le chauffage électrique pour écouler les KWh nucléaires, parmi lesquels la précarité énergétique progresse dangereusement et qui subiront de plein fouet l’augmentation des tarifs. Les générations futures, qui devront gérer les coûts faramineux de l’héritage empoisonné du nucléaire français.
Le Réseau « Sortir du nucléaire » rappelle que l’EPR, dangereux, inutile et cher, doit être immédiatement abandonné. Les citoyens n’ont eu aucune voix dans la définition de la politique énergétique française et n’ont pas à supporter les coûts d’une « vitrine » aussi dangereuse que désastreuse de la technologie française, ni les coûts du nucléaire en général !
De vraies solutions pour produire une électricité vraiment propre et économiser l’énergie existent. Il est temps de les appliquer, et surtout d’avoir un vrai débat national sur l’énergie en France !
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Rémi Verdet : 06 13 36 71 89
Charlotte Mijeon : 06 75 36 20 20