Communiqué commun : Ille-et-Vilaine sous Tension et Collectif Urgence Réchauffement Climatique

Mardi 25 novembre 2008 // Communiqués, CR, docs

Electricité : ce que RTE nous cache avec l’opération Eco-Watt.

Autour de la problématique régionale bretonne de la sécurité d’approvisionnement électrique, le collectif Ille-et-Vilaine sous Tension (IVT) et le Collectif Urgence Réchauffement Climatique (CURC travaillant dans les Cotes d’Armor) co-signent ce communiqué de presse du 24 novembre 2008

Electricité : ce que RTE nous cache avec l’opération Eco-Watt.

lundi 24 novembre 2008

Communiqué

L’opération Ecowatt appelle les usagers à modérer leur consommation d’électricité pendant les pointes hivernales (cf Ouest-France 13 11 08). Nous saluons l’implication de la préfecture de région, du conseil régional et de l’Ademe dans cette opération mais nous regrettons que RTE, plus encore que de verdir son image comme le font la majorité des spots publicitaires de EDF et GDF, vise prioritairement par sa communication à créer dans l’opinion la peur de la grande panne, de façon à imposer le projet GDF-SUEZ de centrale électrique à Ploufragan et la ligne THT Cotentin Maine liée à l’EPR Flamanville.

Ce que RTE se garde bien de dire c’est que la possibilité pour les particuliers de souscrire à la tarification Effacement Jours de Pointe a été supprimée alors même que ce système avait fait la preuve de son efficacité. Supprimé justement parce que trop efficace : ces abonnés tendaient à adopter des comportements économes, ce qui n’est pas bon pour le chiffre des ventes d’opérateurs qui sont avant tout des commerçants. Idem pour le tarif jaune auxquels les clients professionnels ne peuvent plus accéder car ce système encourageait le développement de la production autonome d’électricité et de chaleur par cogénération, bon pour l’environnement mais mauvais pour le chiffre d’affaires de EDF.

Ne soyons pas dupes : tant qu’ils n’auront pas rétabli l’accès à ces tarifications, tous les discours publicitaires sur les économies d’énergie ne seront de leur part qu’hypocrisie.

Ce que RTE ne dit pas non plus c’est que la mise en place de compteurs intelligents [1] pour les particuliers et d’abonnement avec effacement jours de pointe pour les industriels est inscrite dans la loi n° 1 du Grenelle de l’environnement [2], en vue de diminuer les consommations d’électricité. Deux départements ont d’ores et déjà été choisis comme site pilote pour ces compteurs Actaris, avant l’extension nationale.

RTE ne dit surtout pas qu’il y aurait problème en Bretagne uniquement dans l’hypothèse d’une rupture totale accidentelle de la ligne à 400kV Domloup -> Plaine Haute concomitante avec une extrême pointe de consommation. Mais RTE reconnaît enfin que les pointes en question sont de 48 heures par an (4h pendant 8 à 12 jours par an) soit, pour un fonctionnement quasi continu, comme dans les centrales de pointe de Dirinon et Brennilis, 60 à 200 h/an. Plutôt que d’investir des sommes colossales pour un besoin maxi de 200 h/an, l’urgence climatique et l’état des ressources en énergie fossiles commandent d’investir dans la maîtrise de la demande. 100 millions € la centrale + quelques dizaines de millions € le renforcement du réseau de gaz + les droits de réservation payés par RTE à GDF- Suez, + 420 millions d’euros annoncés par Mme N Kosciusko-Morizet le 27 Septembre à St Lô pour la ligne THT Cotentin Maine : les sommes en jeu permettraient d’offrir un bon d’achat pour des ampoules à économie d’énergie aux 1 800 000 foyers de Bretagne. L’Ademe confirme : « Si chaque ménage breton remplace 3 lampes à incandescence par autant de lampes à basse consommation, on diminue l’appel de puissance de 400 MW en période de pointe » : à comparer avec les 120 MW voulus par RTE dans son appel d’offres !
Ce que RTE ne dit pas non plus c’est que de toute façon, les lampes très énergivores vont progressivement disparaître des rayons.

RTE ne précise pas comment on peut espérer tenir l’objectif européen d’améliorer de 20 % l’efficacité énergétique d’ici 2020, inscrit dans la loi française, si on installe en Bretagne une centrale qui produirait 60 fois plus d’électricité3 que ce qui est demandé dans l’appel d’offres, si EDF branche les 1650 MW de l’EPR de Flamanville dans un pays qui est déjà en surproduction et qui brade 20 % de son électricité à l’étranger, compte tenu du manque de souplesse des centrales nucléaires ?

Cette centrale à Ploufragan et l’EPR à Flamanville ont bien pour effet de nous inciter à continuer et même d’accroître le gaspillage. Pour preuve, RTE nous explique qu’en attendant la mise en route des 232 MW à Ploufragan, il convient, pendant les périodes de pointe, de « couper le chauffage électrique dans les pièces inoccupées, éteindre les appareils en veille, réduire l’éclairage au nécessaire, en profiter pour dégivrer le congélateur… » Est-ce à dire qu’en dehors des heures de pointes, puis une fois la centrale installée, les usagers pourront légitimement tourner le dos à ces mesures de bon sens et continuer la gabegie ? !

Enfin RTE se garde bien d’évoquer « l’objectif de réduction d’au moins 20 % des émissions de Gaz à Effet de Serre », inscrit dans la loi, avec une centrale thermique Gaz-fuel qui produirait plus de GES que toutes les industries bretonnes soumises à déclaration4.

La nouvelle loi (art.1er) stipule que RTE doit apporter « la preuve qu’une décision alternative plus favorable à l’environnement est impossible à un coût raisonnable ». Or, RTE se contente de cultiver la peur du noir, tout en ayant toujours refusé de fournir des chiffres précis sur les besoins de consommation de Bretagne nord (en baisse sensible cette année). Lors de sa dernière communication, RTE s’est pris les pieds dans le tapis car il a en fait contribué à nous prouver qu’on peut se passer de cette centrale. Or, nous savons tous que non seulement on peut mais on doit le faire.

24 novembre 2008

Le COLLECTIF URGENCE RECHAUFFEMENT CLIMATIQUE

curc22@free.fr

A.V.E.C., Terre & Mer, Cost ar Bio, Vivarmor Nature, Réseau Cohérence, Côtes d’Armor Nature Environnement (ex Fapen), A.Q. La Poterie, A.T.T.A.C. 22, Sud Solidaires, Les Verts, la LCR, l’U.D.B.

Avec le soutien du RIAC 29
et du Collectif Ille-et-Vilaine sous Tension ( http://stoptht.free.fr )

Voir en ligne : Ploufragan : les aberrations de ce projet anachronique

Notes

[1COMPTEURS INTELLIGENTS : La dérégulation progressive des marchés de l’électricité et du gaz dans le monde, ainsi que l’interconnexion croissante des réseaux ont incité des agences et organismes gouvernementaux de réglementation ou de régulation à rechercher des moyens de mieux connaître, prévoir et maîtriser la consommation électrique, de gaz et d’eau des habitants.
- Ces compteurs permettront des prix plus facilement différenciés selon les usages ou les heures ou saisons d’utilisation de l’électricité.
- Ils visent aussi à inciter les clients à moins consommer aux heures de crêtes (surtarification) prévisibles selon les heures de la journée et la saison. Leurs promoteurs espèrent que le signal-prix qui sera donné en temps réel par ces compteurs y contribuera.
- En éliminant les tâches manuelles de relève ils doivent à terme permettre une diminution des coûts de distributions de l’énergie.
- On pourrait aussi penser que ces compteurs permettront de diminuer les moyens de productions nécessaires dont la société s’est rendue dépendante (nucléaire, pétrole ...). A ce titre on pourrait dire qu’il s’agit aussi d’une avancée dans le domaine du développement durable
- On pourrait aussi penser que ces compteurs permettront d’avoir une facture basée sur une consommation réelle, plutôt que sur une estimation.
- Un appel d’offre d’ERDF pour l’installation de 35 millions de compteurs intelligents d’ici 2015 s’est clôturé le 30 janvier 2008. D’ici septembre 2010, le système Actaris sera opérationnel dans les départements pilotes du Rhône (urbain) et d’Indre-et-Loire (rural).
- D’autres pays ont déjà adopté ces compteurs ou programmé de le faire. (sources diverses accessibles sur internet)

[2« Les objectifs d’efficacité et de sobriété énergétiques exigent la mise en place de mécanismes d’ajustement et d’effacement de consommation d’énergie de pointe. La mise en place de ces mécanismes passera notamment par la pose de compteurs intelligents pour les particuliers, d’abonnement avec effacement des heures de pointe pour les industriels » Extrait de l’article 2 de la loi relative à la mise en oeuvre du Grenelle de l’environnement, adoptée en 1ère lecture par l’Assemblée Nationale le 21 octobre 2008.

1 Message

  • bien, cet article qui insiste sur les économies nécessaires et sur la gestion des heures de pointes en responsabilisant et éduquant les usagers.
    quelle que soit l’énergie concernée, il faut insister sur la nécessité d’un comportement citoyen : le coût à la pompe ou au compteur c’est une chose, mais le coût des investissements et des approsionnements ainsi que le coût écologique qu’il faudra bien payer un jour, même si on ne les voit pas directement, sont importants. Il en va du budget, de la balance commerciale et de notre avenir écologique.
    faire comprendre cet aspect du problème est préférable aux discours démagogiques habituels de certains autres lobbys qui feraient accroire aux miracles de l’éolien ou du solaire.