L’étude GEOCAP n’est pas l’étude épidémiologique demandée

Mercredi 17 février 2010 // Santé

Le rapport d’Enquête Publique et quelques politiciens manipulateurs font croire que l’étude GEOCAP de l’Inserm répond aux revendications des associations, riverains et élus. NON ! Une chercheuse de l’INSERM, directrice de recherche, l’argumente.

Le courrier :

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Lettre de Jacqueline Clavel, Directeur de recherche Inserm

CESP
Centre de recherche en Epidémiologie et Santé des Populations
UMRS-1018 - Directeur Denis Hémon
Equipe d’Epidémiologie Environnementale des cancers Dir. J. Clavel

Villejuif,le 17 février 2010

Mesdames et Messieurs les Conseillers généraux

Monsieur Cyril Surbled m’a fait part de la nécessité de vous communiquer des informations sur l’enquête épidémiologique GEOCAP, évoquée dans la commission d’enquête parlementaire sur la ligne THT Cotentin-Maine.
L’enquête GEOCAP (http://www.u754.idf.inserm.fr/page.asp?page=4424) s’inscrit dans notre programme de recherche sur les causes des cancers de l’enfant de moins de 15 ans. C’est une enquête nationale qui inclut tous les cas de cancer des enfants survenus depuis 2002, en s’appuyant sur les registres des hémopathies malignes de l’enfant et des tumeurs solides de l’enfant. Elle compare l’exposition de ces cas à celle d’enfants témoins représentatifs de la population générale de moins de 15 ans.

– Elle concerne exclusivement le risque de cancer de l’enfant : elle ne concerne pas les autres problèmes de santé, elle ne concerne pas les adultes.

– Elle n’est pas spécifique des lignes THT : elle porte sur différentes expositions environnementales qui pourraient être impliquées dans la survenue de cancer chez l’enfant (notamment, outre les lignes HT, les rayonnements ionisants naturels, la pollution de l’air liée au trafic, la proximité de différentes installations industrielles).

Et elle n’est pas spécifique des lignes de 400KV mais concerne l’ensemble du réseau HT.
GEOCAP occupe une place très importante dans notre programme : les expositions des enfants sont estimées à partir de l’adresse de leur domicile géocodée avec précision. Ainsi, l’information obtenue est objective, non déformée par la mémoire et l’inquiétude suscitée par la maladie, accessible pour l’exhaustivité des enfants, et ce de la même façon exactement qu’ils soient malades ou non malades.

L’enquête GEOCAP n’est pas spécifique des lignes THT : elle porte sur différentes expositions environnementales qui pourraient être impliquées dans la survenue de cancer chez l’enfant notamment, outre les lignes HT, les rayonnements ionisants naturels, la pollution de l’air liée au trafic, la proximité de différentes installations industrielles. GEOCAP est potentiellement une enquête de taille importante puisqu’elle inclut environ 1700 cas de cancer (470 cas de leucémie) et 5000 témoins par an pendant 6 ans (3 ans initialement mais il a été nécessaire d’étendre d’emblée à 6 ans, c’est à dire de 2002 à 2007). Elle est conçue pour se pérenniser.

– Seule la dernière adresse occupée est accessible en routine et codée. En particulier, le domicile occupé en période prénatale n’est pas connu. Les autres lieux de vie de l’enfant ne sont pas considérés.

– Elle n’a pas été conçue pour traiter uniquement des lignes THT, et a fortiori, des lignes 400 kV. Bien qu’elle soit nationale et comptabilise déjà 6 années
d’enregistrement exhaustif, elle ne compte que très peu de sujets à proximité de ces lignes.

– GEOCAP ne dispose pas de mesures individuelles aux domiciles situés à proximité des lignes.

GEOCAP est complémentaire de nos autres enquêtes, dans lesquelles des informations individuelles détaillées et de l’ADN sont recueillis de façon standardisée auprès des parents d’enfants malades et d’enfants non malades. Il s’agit toujours pour nous de rechercher ce qui différencie les enfants malades des non malades par des méthodes statistiques appropriées. Nous suivons une stratégie rigoureuse, inscrite dans la durée, qui aborde conjointement un ensemble de questions de recherche non indépendantes les unes des autres.
GEOCAP ne tranchera pas définitivement la question ouverte par les publications des autres pays sur une possible augmentation du risque de leucémie de l’enfant à proximité des lignes. Il faut considérer pour le moment le classement en cancérogène possible du Centre International de Recherche sur le Cancer comme la meilleure synthèse disponible sur cette question. 

– GEOCAP nous permet enfin de contribuer à documenter cette question avec l’une des populations européennes les plus grandes 

– GEOCAP nous permet de nous interroger sur la façon dont la proximité des lignes est liée à d’autres expositions qui pourraient être en cause dans les leucémies de l’enfant et dans d’autres cancers de l’enfant

– GEOCAP nous permet de préciser les caractéristiques générales de la population vivant à proximité des lignes en France

En conclusion : l’enquête GEOCAP n’a pas été conçue pour apporter une réponse définitive à votre problème d’environnement spécifique, c’est un projet de recherche sur le long terme centré sur les cancers de l’enfant. Notre agenda n’est pas celui d’une réponse technique mais celui de la recherche.

– En dehors des difficultés techniques d’accès à des informations qui ne sont pas de informations de routine (géocodage de 10 000 cas et 30 000 témoins, mise au point de procédures juridiquement satisfaisantes, obtention et mise à niveau de différentes bases, calculs d’indicateurs de proximité…), nous ignorions au départ le nombre de sujets nécessaires à notre enquête. Il était possible qu’un nombre plus élevé d’enfants vivent en France à moins de 50 mètres d’une ligne.

– Finalement, ce sont 342 enfants (2,3% des 15 000 témoins de la première phase de recrutement) qui habitent à moins de 200 mètres d’une ligne HT (63-400 kV), et seulement 110 (0,7%) à moins de 50 mètres. Et il ne reste plus que 9 enfants (0,06%) à moins de 50 mètres d’une ligne de 400 kV, et 24 (0,16%) à moins de 50 mètres d’une ligne de 225 kV. Nous devons donc attendre d’avoir plus de sujets pour pouvoir analyser utilement les données sur cette exposition.

GEOCAP ne répondra pas à vos questionnements sur l’impact des lignes 400 kV 
– sur les cancers des adultes 
– sur des pathologies humaines non cancéreuses
– sur la santé des animaux

GEOCAP ne répondra pas à vos questionnements spécifiques éventuels sur l’exposition liée à la ligne Cotentin-Maine

J’espère que ces informations vous aideront, Mesdames et Messieurs les Conseillers généraux, à mieux cerner l’intérêt et les limitations de notre enquête GEOCAP qui, vous le voyez, n’est pas une enquête diligentée pour répondre à votre question. C’est en revanche ma mission de chercheur de mettre tout en œuvre pour avoir une chance de vous apporter plus tard une réponse solide à vos interrogations d’aujourd’hui sur les cancers de l’enfant.
Croyez bien que j’y suis totalement engagée.
Bien cordialement

Docteur Jacqueline Clavel, Directeur de recherche Inserm
Directeur de l’équipe d’Epidémiologie Environnementale des Cancers du CESP,
Directeur du Registre National des Hémopathies malignes de l’Enfant
INSERM UMRS-1018, Université Paris-Sud

1 Message

  • L’étude GEOCAP n’est pas l’étude épidémiologique demandée 20 février 2012 11:27, par Jean-Yves Peillard

    bonjour,
    En dessous la réponse du Pr Michel Fernex lorsque qu’il a pris connaissance d’un "brouillon" d’enquête épidémiologique.
    http://www.etyc.org/files/epidemio2012.pdf
    commencé en février 2009.

    (mail du 16.2.2009)
    "C’est intéressant.
    L’étude des cancers autour des centrales atomiques allemandes a duré 4 ans avec une grosse équipe.
    Ils ont analysé et localisé 5000 cancers ou leucémies)
    Ils ont fait appel à de très bon statisticiens.
    Ce travail vient confirmer les précédents en Allemagne, Amérique, Royaume uni.
    Jean-François Viel a risqué une étude sur les cancers autour des usine ARFECA. Il a montré l’augmentation des leucémies de l’enfant puis il a perdu sa carrière et refuse de parler de rayonnements ionisants : Il a deux enfants.
    Si on veut casser une carrière en France, le bon système c’est de faire une bonne étude sur cancer et rayonnements ionisants.
    Il faut avoir des revenus personnels. Ce n’est jamais drôle mais triste.
    Je n’ai plus de carrière à perdre, retraité, 80 ans. Alors j’ose parfois parler." fin du message.

    Il faut sortir d’une "enquête scientifique classique" car même si elle peut se faire en toute indépendance, elle est beaucoup trop longue (4ans !), complexe, coûteuse etc. et ces arguments jouent en faveur des négationnistes des faibles doses et autres lobbyistes. C’est à la population de se prendre en charge pour faire de simples "enquêtes citoyennes" plus rapides, ce n’est qu’une approche qui dégrossirait et intéresserait sans doute grandement le travail des scientifiques intègres. C’est pour cela qu’un simple questionnaire même qualifié de "brouillon"peut porter ses fruits en quelques mois. Merci de faire suivre.
    (NB : ce brouillon s’est au départ inspiré du questionnaire de la CRIIRAD diffusé peu après le 26 avril 1986...)

    Jean-Yves Peillard
    vigie devant l’OMS (www.independentwho.org)
    on a toujours besoin de monde...

    PS : du déjà vu aussi sur :
    http://bellaciao.org/fr/spip.php?article65722
    http://www.monde-solidaire.org/spip/spip.php?article5790