Lettre des riverains à Borloo

Vendredi 23 avril 2010 // Communiqués, CR, docs

Association de défense des riverains des lignes HT et THT existantes ou en projet

Le 23/04/2010

Monsieur le Ministre d’Etat, ministre de l’Ecologie, de l’Energie, du Développement durable et de la Mer, en charge des Technologies vertes et des Négociations sur le climat

Le préfet de la Manche vient d’émettre un avis favorable à l’utilité publique du projet de ligne THT Cotentin-Maine.

Pourtant la commission d’enquête publique avait émis des réserves formelles concernant, entre autre, la santé humaine. En effet, elle « considère qu’elle n’a pas les moyens, en l’état actuel du dossier, de savoir s’il existe une corrélation entre le fait de résider au voisinage d’une ligne THT et un risque pour la santé publique ». Elle attend les résultats de l’étude GEOCAP de l’Inserm, pour « étayer son avis » : « Quelques mois avant sa publication, la commission ne peut qu’émettre une réserve formelle sur l’aspect santé humaine ».

Mais l’étude GEOCAP ne pourra apporter de réponses aux questions que se pose la commission car elle ne concerne qu’une seule catégorie de la population (les enfants de moins de 15 ans), qu’un seul type de pathologie, et n’est pas spécifique des lignes THT. Qui plus est, les résultats définitifs ne seront connus qu’en 2012/2013.

Comment dès lors, monsieur le préfet a-t-il pu lever cette réserve formelle, et ce, juste après la publication de l’avis de l’AFSSET sur les effets sanitaires des champs électromagnétiques extrêmement basses fréquences ?

Dans cet avis rendu public le 29 mars 2010, l’AFSSET note qu’il existe des « associations statistiques claires » … « entre l’exposition aux champs électromagnétiques extrêmement basses fréquences et les leucémies infantiles », et recommande de poursuivre les recherches notamment avec la mise en place d’études épidémiologiques prenant en compte l’exposition réelle des personnes dans le temps.

Vous comprenez, Monsieur le Ministre, que, dans ces conditions, les riverains des lignes THT s’interrogent sur le refus des pouvoirs publics de mettre en place une étude épidémiologique indépendante réclamée par tous (élus, associations, AFSSET, commission d’enquête publique…) et que le conseil régional et même RTE (RTE « compte poursuivre son soutien à la recherche dans les prochaines années. ») sont prêts à cofinancer.

Les riverains n’admettent pas non plus, que le « principe de précaution » s’applique à beaucoup de monde et pour des motifs divers et variés (suspicion de pandémie, zones potentiellement inondables, nuages de cendre menaçant les avions…) et pas en ce qui concerne les lignes THT. Pourtant, « L’AFSSET estime qu’il est justifié, par précaution, de ne plus augmenter le nombre de personnes sensibles (enfants, femmes enceintes) exposées autours des lignes de transport d’électricité à très hautes tensions … » et éventuellement de créer une zone d’exclusion d’au moins 100 m de chaque côté d’une ligne (sans hôpitaux, sans école, etc.).

Si l’on ne veut pas appliquer le principe de précaution, que l’on nous permette enfin de connaître la vérité : sommes-nous plus exposés que d’autres à contracter différentes maladies, plus ou moins graves ?
Comme d’autres populations à risque (fumeurs, buveurs de café…) nous avons le droit de savoir quels sont les risques « statistiques » que nous encourons à vivre à proximité des lignes THT.

Nous demandons donc au gouvernement de mettre en place une étude épidémiologique indépendante d’envergure auprès des riverains des lignes THT existantes, en collaboration avec les associations, les collectivités…Les recommandations de l’AFSSET sont une opportunité et une base pour une telle étude qui servirait les intérêts de tous et éviterait tout ce climat délétère autour des constructions de lignes.

Concernant le projet de ligne THT Cotentin-Maine, il parait indispensable d’attendre les conclusions d’une telle étude, les contraintes d’évacuation du courant électrique liées à la mise en activité de l’EPR pouvant être compensées par la mise à l’arrêt d’un ou deux réacteurs de Flamanville.

Nous, les riverains des lignes THT, nous voulons être considérés comme des citoyens à part entière, avec les mêmes devoirs mais aussi les mêmes droits :
- droit, entre autre, de savoir si nous vivons dans un environnement sain
- droit au principe de précaution tant qu’une étude épidémiologique indépendante ne sera mise en œuvre.

Nous, les riverains des lignes THT, souhaitons fortement vous rencontrer et vous exposer plus en détails nos difficultés à vivre avec le doute et la crainte pour notre santé et celle de nos proches.
Comptant sur votre attention et sur une rencontre rapide et surtout avant toute mise en œuvre d’un nouveau couloir de ligne, veuillez recevoir, Monsieur le Ministre, l’expression de nos sentiments respectueux

Stéphane Godreuil
Président de l’association de défense
des riverains des lignes THT