Manifestation du samedi 31 janvier 2009 de Mortain - Mise à jour : photos et discours

Samedi 31 janvier 2009 // Actions

Le discours de début de manif :

Guillaume ANFRAY, mots d’accueil de la manifestation de Mortain le 31 janvier 2009.

« Bonjour,

Manche sous Tension vous souhaite la bienvenue à toutes et à tous.

Merci d’être là pour cette troisième manifestation de la Coordination Interrégionale Stop THT après celle de St-Hilaire du Harcouet en Octobre 2006et celle d’Ernée en Octobre 2007.

Le mouvement Stop-THT Cotentin-Maine existe depuis 2004 et, toujours, de nouvelles personnes prennent le train en marche.
La résistance s’amplifie : après la Coordination interrégionale des collectifs, les maires et les élus s’organisent et agissent. Les langues se délient sur les THT et leurs conséquences, en dépit des pressions de RTE et des moyens financiers importants de persuasion pour affaiblir les riverains potentiels et les communes.

Grâce au travail et à la ténacité de chacun, des associations, des élus, le projet Cotentin-Maine a pris du retard : la déclaration d’utilité ou d’inutilité publique n’est pas prise ; l’enquête publique annoncée depuis plusieurs mois est repoussée : au second semestre 2009 ?
RTE n’est pas intouchable et au dessus des lois : on le voit avec l’affaire Marcouyoux de Corrèze.

Nous avons d’abord ensemble imposé que le débat se poursuive au grand dam de RTE, des préfectures, du gouvernement sur les conséquences des THT : ce n’était pas acquis fin 2006 ;

Aujurd’hui, ensemble nous avons déplacé le débat non seulement sur la ligne THT Cotentin-Maine mais aussi sur toute nouvelle ligne THT .

Aujourd’hui, nous avons imposé le débat sur le terrain sanitaire, sur les conséquences humaines et économiques à vivre proche des lignes THT .

Vivre auprès des THT est un problème de santé publique : il faut poursuivre dans ce sens ; il concerne des milliers de personnes .

Aujourd’hui avec cette manifestation de Mortain il nous faut pousser le débat sur le terrain politique : les THT en fonction et éventuelles doivent avoir un statut juridique compatible avec la protection de la santé humaine et la viabilité des élevages.

Nos parlementaires, le gouvernement doivent comprendre que nous ne céderons pas sur cet objectif et que c’est là notre priorité dans l’intérêt des riverains potentiels de la THT Cotentin-Maine et des riverains des THT en fonction.

Nous y sommes confortés par le Parlement européen qui a pris une résolution en vue de réviser les normes d’exposition obsolètes et celles de la France le sont particulièrement.

Les négociations financières de RTE avec les communes, les intercommunalités, les Pays, les Conseils Généraux, Régionaux, avec des riverains sont indignes et insultantes. Car compenser financièrement les risques ou les nuisances ne les supprimeront jamais surtout si les Kms de THT continuent de se multiplier .

Avec les annonces d’unités de production nucléaire nouvelles, la question de la production centralisée et de la distribution HT et THT sur de grandes distances est une question éminemment démocratique : elle doit être débattue ouvertement

Nous gagnons des points mais le travail est loin d’être terminé .
Il nous faut en gagner d’autres .
Nos parlementaires doivent privilégier l’intérêt de nos trois régions plutôt que de défendre telle ou telle solution technique d’un projet ligne.

Contre le fatalisme nous avons l’ambition d’une politique de l’énergie pragmatiquement source de progrès.

Nous allons faire une marche de 2,7 kms avant de terminer autour d’une soupe ou un vin chaud pour nous permettre de financer cette manif’ pendant que les prises de paroles expliquerons nos nouveau objectif en 2009.


Le discours de fin :

MORTAIN 31 janvier 2009 (Michel Perrier)

Comme chacun a pu le remarquer cet après-midi dans les rues de Mortain qui nous accueille, cette 3ème manifestation à l’initiative de la coordination interrégionale STOP THT est un véritable succès populaire et politique.

Aujourd’hui, nous sommes 4000 et nous n’en resterons pas là !

Malgré la pression de l’État, malgré le maquignonnage et les mensonges de RTE, malgré la tentative de corruption du PAP (le fameux Plan d’Accompagnement du Projet), malgré le fatalisme organisé par ceux qui y ont intérêts, les populations concernées restent fortement mobilisées et veulent être prises en compte. Quoi de plus légitime ?


Je voudrais d’abord revenir sur l’origine de ce projet. La nouvelle ligne THT, dite Cotentin-Maine, n’est prévue que parce que les choix énergétiques gouvernementaux se sont portés sur la construction d’une centrale nucléaire EPR à Flamanville et l’augmentation de nos exportations d’électricité. Ce choix de la relance et du développement du nucléaire, amplifié hier par l’annonce d’un second et d’un troisième EPR, ce choix d’une centralisation accrue de la production d’électricité, ce choix d’une internationalisation de la distribution, n’est pas le nôtre…

Il y a vraiment mieux à faire en manière énergétique. Et c’est possible : par la sobriété et l’amélioration de l’efficacité énergétique, tout d’abord, indispensable ! La décentralisation des sites de production, près des besoins, ensuite. Et enfin le développement des énergies renouvelables, de toutes les énergies renouvelables, dont la nécessité est évidente pour tous, aujourd’hui. Les emplois pérennes du futur se trouvent là.

Nous ne rappellerons jamais assez : le système de distribution de l’électricité, particulièrement les lignes THT, est une conséquence du choix de production hyper centralisé. Il y a déjà 21 000 Km de lignes THT en France, leur multiplication n’est pas une fatalité !


Les projets de construction de nouvelles lignes Très Haute Tension ont toujours suscité de nombreuses oppositions des populations otages, et à chaque fois, les promesses en tout genre ont fleuri pour une prise en compte des problèmes posés. Ici, chacun peut se rappeler notamment le projet du GPSE [1] de ferme témoin sous une ligne THT, évoqué lors de la création de la ligne Flamanville-Domloup, puis annoncée lors de l’enquête publique autour de celle Domloup-Les Quintes, et à nouveau promise par RTE lors du débat public Cotentin Maine…

Maintenant, ce sont les responsables politiques qui multiplient les déclarations. Tout récemment avec, Madame Kosciusko-Morizet, l’ancienne secrétaire d’Etat à l’Ecologie, nous avons atteint des sommets dans le double langage. A Paris, elle disait souhaiter plus de recherches sur l’impact de lignes THT, ici, elle n’a mis en oeuvre aucune étude sur le sujet. A Strasbourg, elle disait soutenir les parlementaires européens qui constatent que les normes en ce domaine sont obsolètes, ici, ou plutôt à Laval, elle est obligée d’avouer qu’aucune révision n’est en cours…

Point à la Ligne, une association de la région parisienne, avait obtenu l’accord de toutes les parties prenantes pour un déplacement de pylônes. 15 ans après, les budgets sont bien prévus, mais le déplacement n’est pas encore effectué !

Il n’est pas possible de faire confiance à RTE, soit-disant service public de distribution, mais qui n’hésite à falsifier des mesures d’expertise et qui a été d’ailleurs condamné pour cela, y compris par une cour d’Appel ! RTE ne connaît que les rapports de force, et s’acharne contre plusieurs jeunes dont le seul crime est d’avoir grimpé spectaculairement sur des pylônes pour attirer l’attention sur ce projet dangereux Cotentin-Maine

C’est pourquoi, nos associations ne se contenteront pas de promesses, de perspectives à long terme, et encore moins d’argent ! Nous exigeons avant tout la suspension totale du projet de nouvelle ligne Cotentin-Maine.


Vous le savez, l’enquête « Vivre avec une ligne THT ? », commanditée par notre coordination Stop-THT au CRIIREM (Centre de recherche et d’information indépendantes sur les rayonnements électromagnétiques) avait pour objectif d’aller voir sur le terrain les personnes exposées aux 250km de ligne 400 000 volts qui traversent déjà nos 3 départements afin de leur donner la parole afin d’évaluer la qualité des conditions de vie à proximité des lignes Très Haute Tension.

Les résultats sont éloquents : jusqu’à 300 m de part et d’autre d’une ligne THT, les conditions de vie des riverains sont significativement détériorées.

Il a été constaté notamment :
- les fréquences de gêne (visuelle et sonore) et de perturbations (radioélectriques et décharges électriques) qui sont très répandues chez les personnes vivant à proximité d’une ligne ;
-  la fréquence de 12 symptômes et pathologies (état dépressif, vertiges, nausées, problèmes cutanés, perturbations auditives, irritabilité, sommeil perturbé, maux de tête, troubles digestifs, difficultés de concentration, pertes de mémoire et perturbations visuelles) qui est supérieure chez les riverains de ligne THT ;
- la fréquence de 7 manifestations pathologiques sur les animaux d’élevages qui augmente fortement avec la proximité et la puissance de la ligne.

Ces constats confirment nos interrogations et nos craintes ! Les résultats de cette enquête, tout comme de nombreuses références scientifiques, doivent amener la société française et ses représentants élus à reconnaître que les dangers des lignes THT sont une réalité mal connue et que la souffrance des personnes et exploitants son niées voir réprimée. Il faut aujourd’hui adopter une législation de protection, encadrant soigneusement toute création de nouvelle ligne.


Pour la première fois les problèmes posés par les lignes THT sont évoqués en tant que tel. C’est un premier progrès. Ainsi, jeudi dernier, un office parlementaire organisait une journée d’études au Sénat, à laquelle nous avons pu participer. Cet office doit rendre un rapport dans les mois à venir.

Dans le cadre du projet de loi Grenelle 2, il n’est pour l’instant envisagé qu’un renforcement des contrôles des champs électromagnétiques. Quant en plus, les mesures seront confiées aux faussaires de RTE, c’est carrément se moquer du monde. Et nous demandons solennellement aux parlementaires de se saisir du problème et de leur droit d’amendement, certains ont déjà annoncés leur intervention en ce sens.

D’autant que le Parlement Européen, lui, a même été beaucoup plus loin et a mis en cause les normes existantes qualifiées d’obsolètes ! Dans une résolution quasi unanime, en septembre dernier, il a demandé que des normes plus protectrices soient élaborées par les différents pays. C’est une très bonne initiative qui nous conforte dans nos positions. Il n’est pas possible d’accepter une nouvelle construction avant une révision protectrice….


Je voudrais maintenant saluer les maires de nombreuses communes concernées par le fuseau dit du moindre impact. Malgré les pressions préfectorales, politiques, et judiciaires, ces maires courageux ont osé prendre position et prendre des arrêtés interdisant toute construction tant que la santé des habitants de leurs communes n’est pas respectée. Leur détermination est impressionnante, et je voudrais les remercier chaleureusement en votre nom à tous.
Ces « petits » maires, comme ils ont été appelés par les médias, méritent un grand honneur !
Je remercie également en votre nom le soutien bienvenu des autres élus présents, député, conseillers régionaux de Bretagne, Pays de loire et Basse Normandie, conseiller général de Mayenne, souvent sympathisants de notre mouvement depuis longtemps.

Comme la famille Marcouyoux, à qui il a fallu une volonté surhumaine pour faire reconnaître les dommages causés sur leur exploitation agricole et à faire condamner, pour la première fois, RTE et ses immenses moyens financiers. C’est un symbole pour les riverains actuels à ne plus se laisser faire et à formuler leurs exigences, c’est un encouragement pour nous à refuser le projet actuel ! Eh oui, RTE peut perdre, et il est possible de gagner !

Notre coordination exige un moratoire, c’est un terme barbare, mais ce mot d’ordre est repris pour permettre de :

- Respecter la charte de l’environnement (qui a valeur constitutionnelle)
- Lancer des études d’impact sanitaire, et des études épidémiologiques
- Élaborer une législation de protection, avec des normes prenant en compte les seuils d’innocuité

Ce moratoire, pour être efficace, est forcément conditionné à la suspension du projet Cotentin-Maine, et très précisément du report de l’enquête publique et du Plan d’Accompagnement du Projet, et de l’arrêt des interventions de RTE sur le fuseau.

Le projet de THT Cotentin Maine est maintenant répertorié comme un projet Grenello-incompatible. Si, depuis des mois, nous demandons à M. Borloo de nous rencontrer, pour exposer nos revendications, nous n’avons en réponse qu’un silence méprisant ! Nous pouvons calmement estimer que la manifestation d’aujourd’hui lui permettra de trouver une date libre dans son calendrier !

Nous en sommes, et je le sais, vous en êtes aussi tous convaincus… La ligne Cotentin Maine n’est pas encore construite, et nous avons, chaque jour davantage, des arguments supplémentaires pour nous y opposer. Le scandale de l’amiante ne doit pas se reproduire. Le combat continuera !

Notre santé n’est pas à vendre !


Lettre des Marcouyoux lue par Stéphane Rozé :

Tout commence il y a une trentaine d’années, des problèmes à l’époque minimes se produisaient à ce moment là sur les deux cheptels ( Bovins : morts inexpliquées par crise cardiaque sur une race en particulier « race montbéliarde »), ( porcs : diarrhées sur les porcs inexpliquées ) Les années passant les problèmes n’ont cessés de s’amplifier pour arriver à des proportions intenables dans les années 80 et comme par hasard c’est à ce moment là que le barrage de l’Aigle approvisionnant la ligne THT a augmenté sa puissance car deux autres turbines ont été monté et celles-ci produisaient autant de courant que les quatre autres réunies.
Donc, plus de courant produit d’où plus de transit dans la ligne et donc augmentation des problèmes sur l’exploitation « Logique » Ces problèmes étaient de plusieurs sortes (Bovin lait : mammites, problèmes cardiaques, ulcères, métrites, hémorragies, boiteries, infécondités, avortements, myopathie, mauvaises croissances, mortalités importantes) (Porc : « mammites, métrites, hémorragies, cannibalisme, infécondité, avortements, ulcères ») , les problèmes n’ont cessé d’augmenter sans savoir d’où venait la cause de ces atroces souffrances.

Le technicien EDF nous a fait un plan d’équipotentialité c’est à dire relier toutes les parties métalliques des bâtiments à une terre périphérique. Comme ceci paraissait difficile à effectuer nous l’avons fait essentiellement sur la porcherie, ceci s’est avéré une catastrophe car les problèmes en 24 heures se sont amplifiés : Tous les animaux crevés, les truies avortées, les truies étaient folles d’où l’empressement de tout débrancher. A la suite de cette mésaventure, le professeur LeRuz est venu faire les mesures sur l’exploitation, ses conclusions ont été sans équivoque la pollution électrique était indéniable et très importante et insolutionnable.
Entre temps on a décidé de construire une autre étable pour se sortir de cette pollution à 1Km de la ligne THT malheureusement elle n’est pas finie car les moyens financiers ne nous permettent pas de continuer. Nous avons demandé un permis de construire pour la maison d’habitation car les nuisances ne sont pas seulement sur les animaux elles se produisent sur nous. Celles-ci sont de plusieurs sortes.
Mon père, ma mère souffrent de surdité depuis une dizaine d’années, de plus ma mère souffre de maux de tête et ne guérit pas d’un zona contracté il y a 3 ans. Mes grands parents souffraient tous les deux de la maladie d’Alzheimer. Pour ma part les problèmes se concentrent sur la partie respiratoire, c’est à dire que tous les matins j’ai des quintes de toux à ne plus pouvoir m’arrêter. Quand ça va très mal je vais coucher dans une caravane à 1Km de la ligne THT . Après 1 semaine dans cette caravane les problèmes disparaissent.


Protégeons notre santé
Refusons la THT

Notre vie n’est pas à vendre


Photos (merci André M. et www.resistances-caen.org !) :

Notes

[1Groupe Permanent de Sécurité Electrique